24 novembre 2011

Pénurie de travail!

Un post particulier aujourd'hui. Je n'en suis pas l'auteur mais je l'ai trouvé assez intéressant pour le diffuser. Bonne lecture


 

Aujourd’hui, lundi 12 décembre 2011, neuvième semaine de stage dans une institution culturelle parisienne. Je suis à l’heure, motivée et enthousiaste… Deux heures après, me voilà démotivée, je n’ai rien à faire. Triste constat. Ne sachant, en plein open-space, comment combler ces moments de creux, qui se propagent insidieusement comme des cellules cancéreuses dans mon quotidien, je décide aujourd’hui d’en prendre mon parti. Commence une errance online de deux heures et demie… L’errance me donne finalement la nausée. Je me remotive, hop hop hop, je vais voir les chargées de mission qui travaillent dans cette putain de structure pour voir si elles n’ont rien à me donner…

 

« Oui, moi, j’ai un sujet assez urgent… Il faudrait imprimer un plan stratégique pour le conseil d’administration de demain… Je te donnerai mon code pour que tu puisses libérer les documents et les imprimer… C’est confidentiel, donc, attention ! Sinon, euh, il y aurait bien un courrier à rédiger au sujet de deux contrats de travail pas signés depuis fin mars…

 

– Ok, les meufs, je suis trop on fire là, merci ! »

 

Débile, bonjour ! Je suis diplômée de Sciences-Po et j’ai deux trucs à faire aujourd’hui, un courrier de rappel et des docs à imprimer. Triste constat.

 

Pourquoi cette anecdote a-t-elle pu autant m’énerver ? Parce que l’anecdote, si insignifiante soit-elle, est révélatrice de la sclérose de nombreuses institutions culturelles. Parce que l’anecdote, si insignifiante soit-elle, est plus généralement révélatrice de l’absurdité du marché du travail actuel et de la sensation de nausée ressentie par de plus en plus de jeunes diplômés. Et que cette sensation de nausée, à l’échelle d’un pays, risque de faire mal.

 

N’est-il pas grave d’observer, dans une société gouvernée par l’Amiral Travail et le Capitaine Compétitivité, que la répartition du travail est si mal organisée qu’il semble en manquer ? Alors, oui, en désespoir de cause, on peut assommer les assistés, ou les quelques matelots, qui, faisant la sieste sur la grève, ont oublié de rejoindre leur navire. Mais combien sont-ils à rester prendre le soleil ? Si peu… Imaginez maintenant que les matelots s’amoncèlent sur la grève parce que, de toute manière, le navire n’a pas besoin d’eux… Imaginez que ce phénomène ne concerne pas seulement notre glorieux et misérable secteur culturel, mais des pans entiers de nos institutions… Oups !

 

 

 

Même s’il semble difficile de donner un nom précis au mal que tant de gens ont pu déjà eux-mêmes éprouver, la crise que traverse aujourd’hui le travail dans le secteur culturel semble bien avoir quelque chose de spécifique. Rien à voir avec la dégradation des conditions de travail, la précarité de l’emploi, la défaite du travail comme facteur d’intégration sociale ou forme d’expression du mérite individuel… À ces maux qui, avec la crise que nous traversons, se sont même aggravés, un nouveau s’est ajouté : la pénurie de travail. Mes observations machiavéliques me font penser qu’il existe deux raisons à cela… Première raison, les gens de la hiérarchie, plantés comme des statues sur l’Île de Pâques, et qui sont si mal organisés ou si déprimés qu’eux-mêmes ne connaissent pas trop les priorités de leur boulot. « Waouh, je suis vraiment surchargée en ce moment, j’ai trop de réunions, je ne sais pas trop comment je vais avoir le temps de trier tous mes dossiers. – Ben, prends un stagiaire… » Ben ouais, pas con hein, prends un stagiaire ! Deuxième raison, le rapport de force fondé sur la rétention d’informations. Ouais, truc de dingue, y’a des gens assez crétins dans leur vie pour se dire que ça vaut le coup d’empêcher les autres de travailler…

 

Et voilà le travail (sans mauvais jeu de mots) ! De plus en plus d’inactifs obligés de faire acte de présence dans des open-spaces ! Encore un tout petit effort dans la division du travail, et les politiciens pourront bientôt se vanter que les Français sont de moins en moins productifs et qu’ils coûtent de plus en plus cher… Est-on en train de diagnostiquer une nouvelle forme de malaise social ? Mon humble expérience de stagiaire ne me permet pas de tirer de telles conclusions. Néanmoins, quelque chose m’inquiète dans tout ça, et vu ce qui s’est passé l’an dernier dans le Monde Arabe, on est en droit de se poser quelques questions…

 

Anonyme

 

Posté par Nathkingcool à 11:01 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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